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Les rochers de Poudre d'Or
Les rochers de Poudre d'Or

Ce premier roman d'une auteure mauricienne, relate l’histoire des immigrants indiens (coolies) à la fin du XIXème siècle, engagés volontaires à bord de l’Atlas, bateau affrété par les anglais vers l'Île Maurice, pour apporter aux exploitants de plantations françaises la main-d’œuvre à bon marché pour remplacer les noirs. Abolition de l’esclavage oblige.
Ce qui est frappant dans ce récit, c'est la sobriété et la force de la description du voyage en bateau, entre réalité et imaginaire, où l'émotion et l'horreur se mêlent dans la poétisation de la symbolique de la mer.
Les Indiens partent en rêvant d’un « merveilleux destin » symbole de réussite sociale, un idéal guère terni malgré la traversée de la mer noire – le kala pani – dans des conditions effrayantes à fond de cale. Pire que dans un cauchemar.
L'auteure joue sur un univers binaire personnification-monstruosité : dominant/dominé, terre/mer, Blancs/Indiens, entre autres. Un épanouissement au final de la poétisation de la mer qui donne lieu à la poétisation du réel.

Résumé :

Avril 1892, Inde. Un jeune homme sur les traces de son frère, un paysan meurtri par la misère et la domination des propriétaires terriens, une fascinante veuve au sang royal fuyant le bûcher et un candide joueur de cartes font route vers l'océan, espérant trouver l'eldorado de l'autre côté de "l'Eau noire".

Ils rejoignent d'autres Indiens entassés dans les cales de l'Atlas pour les vertiges mortels d'une traversée de plusieurs semaines vers une île qu'on leur promet merveilleuse et fertile. Tout bas, on leur raconte que sous les rochers de ce pays mystérieux et clément sommeille l'or.

Ces Indiens ne savent pas qu'ils vont remplacer les esclaves noirs des champs et passer de la soute à la soue, entre le bleu du ciel et le vert de la canne à sucre. Ils ne savent. pas qu'ils sont en route pour l'île Maurice et que leurs destinées vont se nouer entre rêves et douleurs, haines et désirs, dans le village de Poudre d'Or...

Extrait du journal du médecin de bord, anglais, de l'Atlas :
« 22 mai
Il s'appelait Chotty Lall d'après le registre et avait quarante-trois ans. Il est mort dans la nuit et, contrairement aux autres morts, les Indiens ont tenu à le remonter sur le pont. Je ne vois pas ce qu'il a de si différent des autres. Il me semble bien qu'il avait quelque chose de propre sur lui - pas l'habituel dhoti sale que la plupart se trimballent. Ils ont psalmodié encore Ram Nam Satya Hai un nombre incalculable de fois jusqu'à ce que ça me donne mal au crâne. On dirait que ça les fait rentrer en transe. Ils étaient tous montés sur le pont, même les plus faibles. Ils ne sont plus qu'une centaine désormais, je crois. Chotty Lall est mort de diarrhée, comme les autres. Ils ont posé son corps un instant sur le pont, ont allumé de l'encens et Sainam a tourné autour de lui sept fois. Nous regardions ça avec intérêt. Pourquoi cette cérémonie, pourquoi lui ?
Lall était torse nu et j'ai remarqué que son corps était zébré de grosses cicatrices épaisses, comme des anciennes brûlures ou des morsures de fouet. Les Indiens avaient marqué son front de rouge et mis quelque chose de vert dans sa bouche. Du bétel, je crois, cette feuille que les Indiens chiquent à longueur de journée. William, à côté de moi, a enlevé sa casquette en disant : "Ils essaient de lui faire une cérémonie de morts digne.
- Pourquoi lui ? ai-je demandé.
- Je ne sais pas. Il était un peu leur chef, je pense, ou un grand frère", m'a-t-il répondu.
William ne m'a pas regardé une seule fois en parlant. Il semblait très intéressé par ce qui se passait devant nous et j'essayais de me souvenir de ce type. Il avait été la cause de cet incident au départ de Calcutta. Il serrait son baluchon comme s'il n'avait pas plus précieux sur terre. Je me souviens surtout de sa femme qui criait sur le port et lui qui pleurait, après.
Durant le voyage, il a toujours été parmi ceux réquisitionnés pour nettoyer le pont ou transporter des personnes trop faibles. Je me souviens aussi de lui près du corps du vieux pêcheur. »

Tag(s) : #inde, #ile maurice, #critique
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